Ultranauts : la neuro-diversité, à la pointe de la technologie

Office - 26 novembre 2019

Les personnes atteintes d’autisme font face à de nombreux obstacles pour se faire embaucher. Le taux de chômage dans ce secteur est de 80% aux États Unis, et d’entre 76 et 90% en Europe. Le problème réclame un changement d’optique, un revirement des paradigmes qui peut même commencer par nos approches linguistiques au sujet.

Ultranauts, fondée en 2013 par deux ingénieurs du MIT, est une start-up américaine d’ingénierie des logiciels et qualité des données, où trois quarts des employés présentent un trouble du spectre de l’autisme (TSF). Son objectif: démontrer que la neuro-diversité peut se traduire en un avantage compétitif pour les entreprises. La société fournit des services de software, nettoyage et analyse de la qualité des données, et tests d’accessibilité de sites web et d’applications, entre autres.

Le concept de « neuro-diversité » qui date d’une vingtaine d’années et comprend l’autisme, le TDA et les troubles d’apprentissage, explique la diversité cognitive comme résultat des variations naturelles du cerveau. « Les humains ont un grand éventail de types de cerveaux et les normes que nous avons créé impliquent qu’un type de cerveau naviguera ce système aisément, pendant qu’un autre ne pourra pas le faire », déclare Rajesh Anandan lors d’un entretien dans le podcast de la National Association of Corporate Directors.

Rajesh est co-fondateur et CEO de Ultranauts; il a un master en informatique et en génie électrique au MIT, et se spécialise en intelligence artificielle, en dynamique des systèmes et en économie. Pour lui, la nécessité de créer un processus de recrutement propre était à la base de tout. Ses paramètres ne reposent pas sur les années d’expérience, ni les degrés académiques des candidats : possiblement le collègue idéal d’Ultranauts n’a jamais utilisé ses talents auparavant, et ne réussirait pas nécessairement bien dans un entretien traditionnel. Le CEO préfère d’évaluer l’attitude des candidats, leurs compétences réelles et leur capacité d’apprentissage. La diversité est au centre de l’entreprise: 45% de l’équipe sont des femmes ; les 3/4 présentent un TSF ; et la moitié de l’équipe ne sont pas titulaires d’un degré universitaire (même si l’obtention de diplômes est de plus en plus fréquente chez les personnes autistes). La compagnie est certaine que les différences individuelles enrichissent toujours les capacités du groupe.

Contrairement aux idées reçues, les travailleurs avec TDA ont des capacités élevées de concentration, reconnaissance de formes, raisonnement logique et pensée systémique qui leur permettent de surpasser leurs concurrents. En dehors d’Ultranauts, ils sont de plus en plus engagés dans des travaux administratifs, de cybersécurité, et même d’animation.

Ultranauts ne dispose pas de modules “spéciaux” ni d’autres aménagements, ceux que Rajesh considère un palliatif plutôt superficiel qui met en évidence le manque d’intérêt de la plupart des entreprises face au problème de l’inclusion. La compagnie se propose au contraire réaménager l’espace de travail de sorte que celui-ci soit suffisamment flexible et universel pour que tout le monde puisse y être à l’aise. Ce n’est pas aussi cher qu’on pourrait le croire; puisque les aménagements principaux concernent surtout les pratiques et les normes. Par exemple, évaluer le bonheur des travailleurs à la fin de la journée (utilisant une enquête qui pose une échelle de bonheur de cinq points) est une démarche qui permet de repérer facilement si l’un des collaborateurs est mal à l’aise. Cela permet d’identifier les difficultés que rencontrent les embauchés et les types de facteurs qui peuvent déclancher le plus de stress.

Cette année, Ultranauts a décidé de grandir grâce au financement par capital-risque et a réuni 3,5 millions de dollars. La croissance de l’entreprise, qui avait restée de 50% depuis ses débuts en 2013, a atteint un 100% en 2019. C’est la preuve que ce nouveau siècle a besoin de nouveaux modèles d’affaires, plus ouverts à la diversité, et que, selon les mots de Rajesh, « tout le monde, peu importe comment vous êtes câblé, a une chance d’atteindre le succès ».

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Source de l’image : techstartups.com

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