Les attaques à Hanau et la hausse du néonazisme en Allemagne

Neuf personnes ont été tuées à la ville de Hanau. Les fusillades ont été qualifiées de « terrorisme d’extrême droite ».
Fusillade_Hanau

La semaine dernière, au moins neuf personnes ont été tuées dans deux salons à chicha de la ville de Hanau. Un agresseur d’une quarantaine d’années a pris par surprise les clients des immeubles fréquentés par la population d’origine étrangère. Les fusillades ont été qualifiées de « terrorisme d’extrême droite » par les autorités germaniques. Le lendemain, l’assaillant et sa mère ont été trouvés morts dans son domicile.

C’était le soir du mercredi 19 février. L’homme a premièrement chargé contre les clients du bar Midnight au centre-ville tuant 3 individus. Quelques moments après, il a tiré sur le Café Bar La Votre avant de se rendre au quartier de Kesselstadt, à l’ouest de Hanau. Une deuxième attaque a été menée ici, enlevant la vie à cinq autres personnes, pendant qu’une neuvième victime mortelle a succombé à ses blessures après la fusillade, selon les déclarations des autorités. Pendant sa fuite, l’homme a aussi frappé d’une balle une femme enceinte de jumeaux qui était au passage.

Un des survivants à l’attaque au salon Midnight déclarait à Bloomberg que la scène était « un bain de sang, comme dans un jeu ou un film ». « J’ai fait semblant d’être mort », raconta un autre. Bien que certaines auraient acquis la nationalité allemande, toutes les victimes mortelles du mercredi dernier étaient d’origine kurde ou turque. Parmi les défunts, cinq étaient des citoyens de Turquie et un autre de Bosnie-Herzégovine. Tous eux ne dépassaient les 40 ans.

Une énorme chasse à l’homme c’est déclenché dès que les premiers reports des fusillades ont été diffusés. La police a mis en place une ligne téléphonique d’urgence afin que la population puisse fournir des informations pertinentes. Grâce aux déclarations des témoins sur la rue, le chemin d’une voiture suspecte a été tracé jusqu’au domicile de l’attaquant, à proximité de l’Arena Bar and Cafe, où a eu lieu la deuxième agression. Dans les fouillés du jeudi, les forces de l’ordre ont trouvé les corps de l’assaillant et de sa mère de 79 ans, assassinée elle aussi par arme à feu.

Le profil xénophobe, eugéniste et raciste de Tobias Rathjen

Les enquêtes des autorités ont rapidement défini le profil de l’attaquant. Il s’agissait de Tobias Rathjen, un célibataire de 43 ans qui, d’après les informations de la presse locale, avait fini ses études l’université de Bayreuth, en région de Bavière. Derrière ses actions, l’homme a laissé un « manifeste » de 24 pages où il s’adresse à « l’ensemble du peuple allemand » ainsi qu’une lettre de suicide. De même, une vidéo où il exposait son adhérence aux idées eugénistes, xénophobes et ses propres conspirations à propos du gouvernement américain a été mise en ligne sur la plateforme YouTube, quelques jours avant la double fusillade de mercredi.

À dire de ses voisins dans les entretiens menés le lendemain, il paraissait être un homme calme. De plus, les autorités n’avaient aucun dossier ou enquête prévue sur lui, d’après les informations de l’agence Deutsche Welle. Son père, Hans-Gerd Rathjen, est un homme politique imputé d’affaires d’extorsion et d’accusations. Il se trouvait au domicile au moment des attaques et de l’assassinat de sa conjointe, mais aucun rôle sur les agressions a été déterminé jusqu’au moment.

Les réactions en Allemagne et ailleurs

À Hanau, le maire, Claus Kaminsky décrivait la situation comme un scénario « que vous ne pouvez guère imaginer pire ». « C’était une soirée terrible, qui occupera nos esprits pendant très, très longtemps » a-t-il déclaré à Bild. Katja Leikert, députée pour Hanau, a également écrit sur ses réseaux sociaux qu’il s’agissait d’un « véritable scénario d’horreur pour nous ».

Visiblement troublée par les faits du mercredi, la chancelière allemande Angela Merkel a pris la parole dans une conférence de presse le lendemain des fusillades. Elle déclarait qu’il y avait des fortes évidences de motivations racistes derrière les actions de l’agresseur. « Le racisme est un poison. La haine est un poison et ce poison dans notre société est responsable de trop de crimes ». « Nous nous dressons avec toute notre force et notre détermination contre tous ceux qui veulent diviser l’Allemagne. » continua-t-elle.

Dans une conférence de presse télévisée, le ministre de l’intérieur du Hesse, confirmait que les analyses du site web du suspect ainsi que les fouilles dans son appartement révélaient d’un profil xénophobe et raciste.

À son tour, le président de l’Allemagne, Frank-Walter Stenmaier se dirigea aux milliers de personnes qui se sont données rendez-vous à la place centrale de Hanau en solidarité avec les victimes. « Je suis de côté des gens qui sont menacés par la haine et la violence », déclara-t-il. Le fonctionnaire c’est aussi déclaré contre le « langage excluant et dénigrant ».

Les dirigeants du continent européen ont aussi déclaré son rejet aux manifestations de racisme survenus au pays germanique. Emmanuel Macron, président de la République Française a publié un message sur Twitter partageant son « immense tristesse » et son « soutien » à l’Allemagne. D’après le communiqué, son gouvernement est « aux côtés de la Chancelière Merkel dans ce combat pour nos valeurs et la protection de nos démocraties ». Pour sa part, le secrétaire général de l’OTAN écrivait sur la même plateforme qu’il était « consterné par les fusillades à Hanau ». « Nous sommes solidaires de notre allié, l’Allemagne, contre la haine et la violence » déclara-t-il.

En Turquie, le président Erdogan a condamné la journée de terreur en tant qu’ « attaques racistes » au même temps qu’il annonçait que son pays « et en particulier l’ambassade de Turquie à Berlin, suivra attentivement les enquêtes » de l’attentat.

Des démonstrations publiques ont eu lieu dans près de cinquante villes germaniques le lendemain des attaques. À Hanau, la communauté kurde qui réside dans la région s’est réunie dans un centre communautaire pour apporter du réconfort aux familles des affectés. À Berlin, des manifestants ont allumé des bougies à la porte de Brandebourg, pendant que des protestes pacifiques ont pris les rues du quartier multiculturel de Neukölln. Des immigrants parmi les assistants ont déclaré qu’ils regrettaient trouver la même violence qui les avait exclus de ses pays d’origine dans une nation qui était censée être tolérante et pacifique. « Je ne comprends pas », dit-une des manifestantes, « le problème paraît s’aggraver à chaque fois ».

Une série d’incidents reliés à la pensée d’extrême droite.

L’incident de Hanau est survenu à la suite d’une série d’arrestations des membres d’un groupe d’extrême droite qui planaient attaquer des mosquées en Allemagne, répliquant les attentats de Christchurch, en Nouvelle-Zélande l’an dernier. Au moins douze hommes ont été pris en charge par la police teutonne, vendredi 17 février, accusés de la tentative par un agent infiltré.

Ces deux exemples illustrent des scénarios d’horreur qui terrorisent l’Allemagne depuis quelque temps.

Seulement l’année dernière, 2 autres attaques mortelles liées à des individus adhérant aux idées d’extrême droite ont frappé les habitants des villes teutonnes.

En juin 2019, l’homme politique Walter Luebcke a été assassiné à ses 65 ans d’un coup d’arme à feu à bout portant dans son domicile, aussi dans le land de la Hesse. L’agresseur était un néo-nazi de nom Stephan Ernst, qui a reconnu tirer sur le fonctionnaire pour ses actions en faveur aux groupes immigrants dans la région. Ernst avait participé au préalable à différentes démonstrations de violence néonazies et avait été condamné a sept reprises.

Quelques mois plus tard, en octobre, un homme de 27 ans a tué deux personnes à la ville orientale de Halle, après qu’il ait essayé d’entrer dans une synagogue du quartier de Palaus, le jour du Yom Kippour. L’assassin a failli ouvrir les portes du temple et après quelques minutes sans succès, il a tiré sur une femme dans la rue, avant de se diriger vers un restaurant de cuisine arabe à proximité où il a abattu une deuxième personne. Après son arrestation, les fouilles des forces de l’ordre ont trouvé 4 kg d’explosifs dans sa voiture. Tout le long de son attaque, l’individu a transmis ses actions en direct sur la plateforme Twitch, où il exprima des déclarations antisémites et misogynes. Le site a désormais retiré le contenu et a assuré qu’elle allait éliminer tout autre compte suspecte de reproduire le contenu.

D’après les informations du gouvernement allemand, environ 9 000 attaques d’extrême droite ont été enregistrés dans la première moitié de 2019, soit 1 000 de plus que dans la même période en 2018.

L’AfD sous la loupe

D’après les experts, cette tendance agressive est parallèlement en amont avec le succès récent du parti eurosceptique et nationaliste Alternative pour l’Allemagne (AfD). En 2017, l’organisation est devenue le premier parti d’extrême droite à obtenir des sièges au Parlement germanique depuis presque 60 ans.

Au discours anti-immigratoire ciblé sur les populations musulmanes, l’AfD critique systématiquement les politiques en matière de réfugiés de la chancelière Merkel. Dans le Hesse, l’AfD a obtenu des résultats positifs parmi les électeurs, avec presque 20% des votes.

Pour certains, ceci est preuve de que le discours d’extrême droite gagne petit à petit des adhérents parmi non seulement les jeunes, mais aussi les personnes qui auraient toujours cru à cette idéologie mais n’auraient pas pu l’exprimer librement auparavant.

En juin 2019, un rapport de l’Office fédéral de protection de la constitution (BfV) a averti de la hausse de l’extrémisme de droite en Allemagne. Encore, les informations révélaient d’une forte probabilité d’expressions violentes liées à cette pensée et qu’environ 900 individus associés a l’idéologie politique s’avaient procuré d’un permis de port d’arme.

L’attentat à Hanau a eu une première réponse contre les organisations d’extrême droite quelques jours après. En Grande Bretagne cellule néo-nazie Sonnenkrieg Division (SKD) a été bannie, d’après une annonce du ministre de l’intérieur de ce pays, lundi dernier. Néanmoins, pour l’eurodéputé français, Jordan Bardella, les attaques n’ont eu « absolument aucun lien avec la montée de l’extrême droite » en Europe.  « Je pense qu’on est là face à quelqu’un qui, même s’il s’appuie sur une idéologie racialiste, suprémaciste, était dans une forme de radicalisation psychiatrique qui fait qu’il en est arrivé là », signalait le membre du Parlement.

Une semaine de violence au Hesse

Malheureusement, les jours de terreur continuent pour les habitants du Hesse. Lundi 24, un homme de 29 ans a renversée la foule ressemblée au carnaval de Volkmarsen. Au moins 60 personnes ont été blessées dans l’attaque, dont une vingtaine d’enfants. Parmi les affectés, quelques-uns se trouvent toujours dans des états critiques. Bien que l’agence Frankfurter Allgemeine Zeitung reportait mercredi que la nouvelle attaque n’était pas suspecte de motivations politiques ou raciales, les autorités n’excluent aucune possibilité.