L’essor des jeux-vidéo aux temps du coronavirus

La console Nintendo Switch.

Après plus d’un mois de quarantaine dans la plupart des pays occidentaux, les habitudes des personnes enfermées dans son propre domicile évoluent vers les activités digitales. D’entre elles, les jeux vidéo connaissent un essor comme jamais vu.

Le bureau Superdata informait hier d’une hausse importante dans la dépense globale en jeux vidéo. D’après les données de la société détenue par Nielsen, mars 2020 fut un mois de ventes record avec plus de 10 milliards de dollars déboursés par les consommateurs mondiaux dans les différentes plateformes de divertissement. Les États-Unis seraient à eux seuls responsables de près du 16% de ce chiffre, d’après le cabinet NPD.

Désormais, la crise mondiale liée au COVID-19 paraît avoir bien tombé pour cette industrie qui a vu ses ventes atteindre leur plus haut niveau depuis plus de dix ans.

Superdata conclut que l’augmentation est marquée par plusieurs facteurs liés à la crise sanitaire, notamment les mesures de confinement et le distancement social qui affectent grande partie des pays au monde. Joueurs et non-joueurs confinés par égal font recours des plateformes multi-joueur pour se rapprocher des siens, pendant que les achats virtuels bondissent en raison de la fermeture obligatoire des magasins physiques.

Plus de ventes en digital

Cette tendance est renforcée par un rapport du site Gamesindustry.biz, qui indique que presque 3 millions de jeux vidéo ont été téléchargés seulement dans la troisième semaine du mois de mars, soit 52 % plus que la période précédente.

L’étude, qui a été menée aux Amériques, en Europe et en Asie rapporte aussi une hausse plus significative en France avec près de plus de 180 % de jeux téléchargés dans notre pays. En Italie, où le confinement dure depuis la fin février, la première semaine de quarantaine les ventes en ligne ont aussi augmenté de presque 175 %.

De plus, l’analyse de Superdata remarque que les profits des jeux sur ordinateur ont dépassé le seuil du 50 % de surplus de ventes, avec 567 millions de dollars pour le mois de mars. Dans cette plateforme, Dungeon Fighter Online, League of Legends et Crossfire occupent les 3 premiers postes en ventes. Plusieurs nouveaux lancements, dont Doom : Eternal, ou Call of Duty : Modern Warfare se trouvent aussi dans les 10 premiers postes des recettes.

Pendant que la dernière version de Doom compte 3 millions de titres vendus, CoD : Modern Warfare fait l’exemple d’un modèle de négoces de plus en plus fructueux, le « free-to-play ». Ceci permet aux utilisateurs d’obtenir le produit en gratuité en y intégrant un système d’achats internes qui peuvent améliorer certains aspects de l’expérience de jeu.

Depuis le lancement de son mode de jeu gratuit Warzone, offert pour PC, Xbox et PS4, le titre multi-plateforme a enregistré près de 63 millions de joueurs actifs dans cette période, soit une augmentation du 159 %.

Mais le grand gagnant de cette période serait le marché des jeux pour mobile. Dans cette catégorie, les recettes ont augmenté jusqu’aux 5,7 milliards de dollars, soit un revenu dix fois plus important que pour les jeux sur PC, et une une hausse du 15 % de ventes totales. Pour cette plateforme, Honour of Kings, Gardenscapes et Candy Crush Saga sont à la tête des titres les plus rentables, tous eux des jeux multijoueur, en ligne et munis de systèmes d’achat intégrés.

En outre, Niantic a été bien récompensé d’avoir modifié son titre plus important, Pokémon GO, en le rendant utile même en étant enfermé dans son domicile. En mars, les recettes du jeu ont accru de 18 % par rapport au mois précédent ; un compte de 111 millions de dollars pour l’éditeur qui a bien su adapter son produit aux conditions actuelles de ses consommateurs.

Malgré les chiffres du digital et les restrictions à la mobilité, les établissements de vente en format physique ont eux aussi eu des semaines positives avant qu’ils soient obligés à fermer ses portes.

D’après le rapport de Gamesindustry, les ventes de consoles ont augmenté les jours proches aux mesures de confinement dans les deux pays européens précédemment évoqués, avec 140 % de plus en France et 84 % en Italie. Partout au monde, 259 169 plateformes ont été vendues dans la période du 16 au 22 mars.

Ce chiffre est aussi confirmé par Superdata, qui indique que les revenus générés par les principaux jeux sur console ont bondi à 1,5 milliard contre 883 millions en février. En France, les ventes physiques de ce type de titres ont connu une hausse de 70,2% pour la même période. De l’autre côté du canal, en Grande-Bretagne, les achats de copies en boîtier continuent à rapporter des chiffres solides après un mois de quarantaine, comme l’indique un nouvel article de Gamesindustry.

Le phénomène Animal Crossing

Par ailleurs les chiffres de l’industrie, un jeu en particulier paraît avoir conquis le cœur des joueurs confinés autour du globe. C’est la plus récente version d’Animal Crossing, New Horizons, qui, dotée d’une ambiance aimable et relaxante, offre un échappement à la violence et les inquiétudes du monde extérieur, notamment dans un contexte de crise sanitaire.

Le jeu, où le personnage adopté par l’utilisateur passe son temps à bâtir son utopie dans une île débordante d’animaux anthropomorphes, est aussi un phénomène social qui a étendu sa portée bien au-delà de la plateforme.

Près de 40 millions de tweets au sujet ont été publiés depuis son début à la mi-mars, dont des milliers de captures d’écran des « maisons », « accessoires » et « jardins de fleurs » virtuels des joueurs. Nintendo a répondu rapidement, en annoncant une nouvelle mise à jour du jeu, ainsi que plusieurs événements saisonniers qui se dérouleront jusqu’en juin.

Depuis, le New York Times l’a baptisé d’une « fantaisie opportunément planifiée », et à juste titre : Nintendo n’aurait pas pu choisir un meilleur moment que le début de la quarantaine dans les marchés européens et américains pour lancer sa suite.

Désormais, Animal Crossing : New Horizons est le jeu pour console le plus vendu au monde dans le premier mois de son lancement. 5 millions d’unités digitales ont été placées de mars à avril 2020, soit environ 3,5 fois le chiffre atteint dans la même période par son prédécesseur, Animal Crossing : New Leaf, lancé en 2013.

Le produit de Nintendo a établi ainsi un nouveau record dans l’histoire des téléchargements de jeux vidéo, basculant Call of Duty : Black Ops IV de son ancien rangobtenu en 2018.

Au Royaume-Uni, New Horizons a aussi battu les records de ventes pour n’importe quel jeu sur Switch. De même au Japon, où 1,88 millions de copies physiques ont été vendues d’après les informations de la presse de ce pays.

L’enthousiasme pour le titre est tel que les copies physiques du jeu et même les appareils de la compagnie commencent à devenir introuvables au Japon et aux États-Unis

Au pays oriental, une hausse inattendue du 585 % en ventes de la console de Nintendo a été enregistrée, provoquant ainsi

que les joueurs tournent à nouveau vers New Leaf, disponible pour une autre succès de ventes de la marque, la Nintendo DS. Cependant, le cas est très différent pour les États-Unis, où la rareté des Switch en magasins répond à des facteurs moins évidents.

Des bots revendent la Nintendo Switch en pleine crise

Dans un premier moment, Nintendo expliquait que le manque de consoles dans les magasins américains était dû à des problèmes de embarquement de ses produits lors des affectations aux transports liées au coronavirus.

Puis, c’était l’agence Vice à travers son site Motherboard qui éclairait sur un nouveau facteur contribuant à l’insuffisance de consoles. Ce serait, d’après eux, une grande quantité de bots spécialement conçus pour acheter la console en ligne, les responsables de la rareté des produits de Ninendo.

Développés pour identifier et procurer les Switch dès que son stock en ligne est rétabli, les bots ont été créés par des entrepreneurs d’occasion, qui ont depuis engendré un nouveau marché de rachat des consoles, profitant de la fureur mondiale pour la plateforme.

Sur eBay, les revendeurs demandent parfois plus de 500 dollars pour un Switch et 750 pour la formule intégrant Animal Crossing, pendant que son prix régulier est de 300 et 360 dollars, respectivement.

Dans autres cas, des codeurs ont offert un logiciel pareil à disponibilité de tout le monde, permettant que ses Bird Bots, comme ils les appellent, se battent pour trouver la suivante Switch en premier.

Depuis, Nintendo s’est rapproché des médias pour annoncer qu’un nouveau stock de consoles arriverait prochainement.

Le retour (temporaire ?) de Stadia

Autre gagnante des effets de la pandémie serait Stadia de Google, que cette semaine a finalement dépassé le million de souscripteurs. Bien que le service soit toujours limité aux États-Unis, le Canada et une douzaine de pays en Europe occidentale (la France incluse), la plateforme a eu 250 000 nouvelles télécharges, enregistrées par la firme Sensor Tower et rapportées par Reuters.

Lancée en novembre 2019 aux grandes expectatives, la plateforme de jeux à la demande de Google n’a pas été reçue comme on l’attendait par le grand public, notamment en raison d’un catalogue étriqué, des problèmes techniques et d’un modèle commercial onéreux.

Plusieurs analystes indiquèrent que la faute était à Google, pour avoir lancé un projet inaccompli. Avec seulement 22 jeux disponibles à sa date de début, même pas les titres de la taille d’Assassin’s Creed Odyssey, Destiny 2 ou Red Dead Redemption 2 avaient convaincu les utilisateurs, après que des rapports de mauvaises expériences de jeu sur le système ont sorti en ligne.

Désormais, la compagnie américaine a eu bien à offrir en gratuité l’abonnement à la version Base de sa plateforme. Depuis le 8 avril, toute personne ayant un compte Gmail peut souscrire au service libre de payement. De plus, Google a aussi libéré Stadia Pro sans coût pendant deux mois, avec 9 jeux inclus dans l’offre.

Stadia s’est aussi bénéficié de la récente sortie de plusieurs jeux, dont Doom : Eternal, et devrait recevoir d’autres titres importants (Cyberpunk 2077, d’entre autres) dans les mois à venir.

Source de l’image : mobilesyrup.com

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