Port de masques obligatoire : la France sera-t-elle prête ?

Port de masques obligatoire en France.

Alors que l’ensemble des pays européens se préparent pour le déconfinement progressif de ses populations, les gouvernements locaux annoncent les mesures qui vont  façonner le mode de vie des européens pendant le long retour à la normalité.

En France, le Premier ministre, Édouard Phillipe s’est adressé aux députés et à la nation ce mardi 27 pour dévoiler l’ensemble d’ordonnances que les français devront suivre dès le 11 mai, date établie pour le début du déconfinement dans ce pays.

« Voilà donc le moment où nous devons dire à la France comment notre vie va reprendre », déclarait le fonctionnaire au tout début de son intervention. « Nous allons devoir vivre avec le virus » continua-t-il, « vivre avec et continuer à nous en protéger. »

En outre l’annonce de nouveaux tests de dépistage massifs et un découragement des déplacements entre départements, le Premier ministre argumentait que « le respect des gestes barrières et de la distanciation sociale prendront encore plus de sens », question d’éviter le risque d’une deuxième vague d’infections.

D’après les paroles du fonctionnaire, à la date du déconfinement venue il faudra « condamner un siège sur deux » ainsi qu’établir un « marquage au sol » dans les transports au commun pour bien délimiter les distances entre individus.

Cependant, la mesure plus controversée de du jour fut sans doute celle du port du masque qui, expliquait l’élu, « sera rendu obligatoire » dans ces espaces de transit mentionnés, ainsi que dans « les taxis et VTC ne disposent pas de protection en plexiglas ». Le non-respect de cela sera sujet à des sanctions.

C’est un nouveau virage dans le discours officiel à propos du port des masques qui soulage quelques-uns et inquiète des autres, pendant que la pénurie du matériel est devenue une crise nationale.

Les masques : déconseillés, encouragés et puis obligés

Au cours d’un mois, le ton des autorités a pratiquement fait demi-tour.

À la fin février, le ministre de la Santé, Olivier Véran, avait établi que toute personne sans symptômes du malaise « qui se rend dans des lieux publics, qui se déplace dans les transports en commun, n’a pas à porter de masque ».

Puis, début avril, c’était le propre Premier ministre qui déclarait qu’il n’y avait pas « de preuve que le port du masque dans la population apporterait un bénéfice. » « Ce serait même plutôt le contraire, à cause d’une mauvaise utilisation », ajouta-t-il lorsqu’il fut questionné par les députés, le 4 avril.

Or, un jour avant, l’Académie nationale de médecine recommandait de s’en servir des protections en dehors des domiciles, même si elles étaient bricolées où tissées à la maison.

Les français ont dès lors pris l’initiative de fabriquer ses propres masques, geste répliqué par certaines sociétés, comme celle qui a monté un atelier de confection avec 100 couturières à Belfort, il y à quelques semaines.

En réponse, le directeur général de la santé, Jerôme Salomon, encourageait le grand public français à porter « s’il le souhaite », le même type de masques qui au début de la crise avait été avéré « contre-productif » par le Président, Emmanuel Macron. Plus tard, ce serait l’Exécutif qui en proposerait son utilisation.

Le 13 avril, le mandataire faisait volte-face et promettait la fabrication de 17 millions de masques alternatifs, nommés aussi « grand public ». Confectionnée industriellement en tissu et lavable à plusieurs reprises, la protection grand public annoncée est sensée adhérer aux statuts de l’Association française de normalisation (ANFOR), bien que son niveau de protection soit réduit.

Ce même jour, Emmanuel Macron proposait pour la première fois une date tentative pour le déconfinement du pays, et anticipait que le port du masque serait règlementé dans les transports en commun.

L’Académie nationale de médecine ripostait alors à nouveau, déclarant qu’attendre au 11 mai « pour faire porter le masque aux Français, c’est accorder trois semaines de répit » et « accepter plusieurs milliers de nouvelles infections, donc plusieurs centaines d’hospitalisations et plusieurs dizaines de morts supplémentaires ».

« Il y aura assez de masques pour faire face aux besoins à partir du 11 mai », assura le Premier ministre dans l’annonce de cette semaine. Il ajouta aussi que 100 millions de masques chirurgicaux seraient « reçus par semaine en France », en plus de « 20 millions de masques grand public lavables à compter de mai ».

Pour sa part, la ville de Paris offrira 2,2 millions de pièces de protection, dont 1,5 million prêt à utiliser et 500 000 « kits » destinés à sa fabrication par des entreprises locales.

De la pénurie…

Face à une tâche pareille, les questionnements au gouvernement s’accumulent.

Des rapports de pénurie du matériel de protection circulent dans la presse mondiale depuis le début de la crise, et la France n’en échappe pas.

Dans les jours prochains au confinement en territoire français, le responsable de la Santé assurait que le pays avait « assez de masques aujourd’hui pour permettre aux soignants d’être armés face à la maladie et de soigner les malades », mais qu’en « fonction de la durée de l’épidémie, nous ne savons pas si nous en aurons suffisamment à terme ».

Plusieurs articles posaient la question sur le manque d’approvisionnement d’État, notamment après la parution d’informations concernant le surstockage de masques qui a suivi la crise du virus H1N1, en 2009.

Depuis, les agences reportèrent plusieurs cas de rationnement et manque non seulement de masques, mais de surblouses, gants et autres matériels nécessaires aux soins.

Début mars, le gouvernement de la République avait interdit aux établissements de livrer les protections faciales lorsqu’il réquisitionnait le matériel pour les hôpitaux.

Malgré cela, l’insuffisance de protections pour les soignants c’est fait évidente au cours de l’évolution de la crise. Un article de Le Parisien informait que les soignants français ont dû faire appel à un marché noir de masques faciales qui s’est développé comme réponse à la pénurie du matériel.

… au marché noir

En plus des mesures récemment annoncées, depuis lundi la vente de masques a été reprise dans les pharmacies, suite à un arrêt du samedi dernier. Néanmoins, cette réouverture arriverait tard pour freiner un réseau commercial illicite qui est devenu de plus en plus commun dans le pays. 

La semaine dernière, les forces de l’ordre françaises ont confisqué à Saint-Denis près de 140 000 masques qui étaient destinés pour le marché noir, une saisie record depuis le début de la crise sanitaire.

D’après les informations officielles, un vendeur et un acheteur ont été surpris au milieu d’une transaction samedi 25 avril, « en train de décharger plusieurs cartons pour les entreposer dans un pavillon », d’après les mots d’une source policière à l’AFP. Les protections ont été trouvées dans un camion en pleine rue la région nord de la capitale française.

D’après un deuxième rapport de Le Parisien, parmi les clients du suspect vendeur il y aurait même eu des chefs d’entreprise.

Entre les produits du paquet de protections faciales, la police aurait découvert que presque deux tiers du stock était composé de masques FFP2, modèle spécifiquement voué à la défense des services médicaux. En outre, le reste du stock retenu contiendrait des masques chirurgicaux.

Les autorités signalèrent que les masques auraient été achetées aux Pays-Bas, à 0,50 € l’unité, soit un chiffre approximatif de 80 000€. L’acheteur suspect aurait été intéressé à s’en procurer d’une partie significative du stock.

Cette nouvelle retenue de matériel sanitaire suit autres incidents de même nature qui sont survenus dans le territoire français les dernières semaines. 

Les premiers rapports de l’existence d’un marché noir des masques est arrivé au tout début du confinement en France, lorsque près de 15 000 masques et 240 bouteilles de gel apocryphe ont été saisis le matin du 18 mars.

L’opération policière s’est déroulée à quelques kilomètres du camion confisqué samedi dernier, dans le 19e arrondissement de la ville de Paris. Par la suite, un commerçant d’origine chinoise a été placé en garde de vue et des enquêtes approfondies ont été menées à proximité pour repérer des approvisionnements similaires.

Quelques jours après, 28 800 pièces de protection faciale ont été trouvés à Seine Saint-Denis. Puis, c’étaient 32 500 dans une boutique à Saint-Ouen, après qu’un salarié de la société UPS ait identifié et dénoncé à la police 13 colis qui étaient arrivés de Chine.

Plus récemment, une nouvelle découverte liée au marché noir du matériel est incombée à nouveau dans Seine-Saint Denis, dans le quartier de La Courneuve. À cette occasion c’était un établissement de téléphonie qui masquait un point de vente de masques clandestin.

Les responsables du magasin se seraient fournis du produit grâce à un réseau commercial chinois irrégulier, qui accordaient ses négoces via WhatsApp. À la vente, les pièces de protection dépassaient les 4€.

D’autres expropriations de masques vendus illégalement ont été réalisées dans l’ensemble du territoire, avec des prix de vente qui arrivaient jusqu’aux 10€ l’unité. Pour la plupart des cas, si le matériel réquisitionné par décret était conforme aux normes il était ensuite distribué aux services médicaux nationaux.

La France se masque…

La décision exécutive annoncée ce mardi n’est que la suite d’une série de messages que les mairies de plusieurs villes de France ont présenté depuis la première semaine d’avril.

Le maire de Nice, Christian Estrosi, déclarait alors que la mesure de protection serait rendue de rigueur « lorsque la date du déconfinement sera annoncée par le gouvernement ». À Cannes, Mandelieu-la-Napoule et Sceaux le discours des élus fut pareil, bien que les déclarations du dernier aient été remises en question et puis jugées illégales par la justice française.

Désormais le port de masque sera incontournable pour tout monde dans les rues niçoises depuis le 11 mai, d’après un arrêté municipal.

Les gouvernements locaux ont aussi promis la distribution du matériel entre les citoyens et la mise en place d’ateliers pour sa fabrication.

…et le reste de l’Europe aussi.

Outre ces villes, plusieurs pays européens avaient déjà établi des mesures pareilles bien avant que le gouvernement français les annonce.

Dans la région italienne de Lombardie, le port du masque est devenu obligatoire pour toute personne dans les espaces publics depuis avril 5.

La règle sera la même pour toute la nation, apprêtée à sortir du confinement ce lundi. De plus, un prix fixe pour les masques a été établi par les autorités, à 50 centimes d’Euro la pièce.

Désormais, trois autres nations du continent obligent le port du masque dans son territoire.

À la fin mars, la République Tchèque et la Slovaquie étaient les premiers pays à ordonner les protections de rigueur pour tous ses citoyens.

L’Autriche les suit depuis le 6 avril, alors qu’elle était en plein pic d’épidémie, et dès lors le pays reporte une baisse dans les nouvelles contaminations du 90%.

Par ailleurs, la plupart des états de la République allemande ont ordonné ce type de mesure pour la population à compter de la troisième semaine d’avril.

Hier, le Parlement européen annonçait que tout son personnel, en plus des élus, seront obligés à porter le masque.

Source de l’image : la-croix.com