Vainqueurs et controverses du Prix Pulitzer 2020

Dana Canedy, a annoncé la liste des vainqueurs en transmission en ligne, faute du gala qui se célèbre chaque an à New York, dans l’Université de Columbia.

Malgré la crise sanitaire que vit le monde depuis le début de l’année, la cérémonie des Prix Pulitzer a eu lieu dans les premiers jours de ce mois, après avoir été rapportée de sa date originale du 20 avril 2020. Cependant, l’évènement a été plus intime et moins cérémonieux que d’habitude, dû aux mesures de distancement suivis actuellement par la plupart des états de l’union américaine.

La journaliste et administratrice des Prix, Dana Canedy, a annoncé la liste des vainqueurs du palmarès en transmission en ligne depuis son domicile, faute du gala qui se célèbre chaque an à New York, dans l’Université de Columbia, depuis sa création en 1917.

Pendant une quinzaine de minutes, la présentatrice à fait le compte des 22 rubriques qui mettent à l’honneur les travaux les plus importants dans les domaines du journalisme, la littérature et la musique.

Mme. Canedy a précisé que les décisions du conseil ont été prises après des longues sessions de débat en téléconférence. De plus, elle a fait noter que la première cérémonie des prix avait été célébrée dans un contexte similaire à l’actuel, un an avant l’épidémie de 1918, et que, depuis, les palmarès ont été trace des événements les plus significatifs. « En temps de difficulté, les Pulitzer sont peut-être plus importants que jamais », remarqua la journaliste. « Dans cette saison marquée par une incertitude sans précédent, une chose est sûre : le journalisme ne s’arrête jamais », continua-t-elle, avant de comparer le rôle des journalistes à celui d’autres acteurs essentiels durant la crise.

Il y a quelques semaines, les organisateurs avaient annoncé que les décisions des membres du jury seraient repoussées de quelques jours, puisque la couverture de la pandémie s’avérait trop exigeante pour terminer à bon temps les discussions sur les prix décernés.

Pour cette 104è cérémonie des Prix, le Conseil a également annoncé l’élection de ses deux nouveaux coprésidents : Stephen Engelberg, rédacteur en chef de ProPublica, et Aminda Marqués Gonzalez, présidente, éditrice et rédactrice en chef du Miami Herald, tous deux membres du conseil depuis plus de huit ans.

 

Le New York Times, ProPublica et les reportages d’esclavage à l’honneur aux Pulitzer 2020

Cette année, le prix au service public a été remporté par le journal Anchorage Daily News, siégé à Alaska, pour ses enquêtes sur les inégalités et violences subies par un tiers des communautés rurales de cet état américain. La série de reportages, menée au cours d’une année, a été dirigée par le journaliste Kyle Hopkins et réalisée en collaboration avec ProPublica, une organisation américaine à but non lucratif.

Ce trophée est souvent considéré comme le prix principal de la cérémonie.

Composée d’une centaine d’auteurs indépendants, l’agence ProPublica a aussi remporté le prix au reportage national de la main de ses associés T. Christian Miller, Megan Rose et Robert Faturechi, pour ses recherches concernant une série d’accidents survenus par la marine américaine dans l’océan Pacifique, l’an dernier.

Ce même prix a été accordé ex aequo à l’équipe du Seattle Times pour une couverture qui dévoilait les défauts de conception du Boeing 737 Max. Avec plus de 150 articles, les journalistes ont rendu compte d’un ensemble d’irrégularités au sein de la compagnie aérienne, qui avait ignoré à plusieurs reprises les avertissements des problèmes au sein de l’engin.

En outre, les journalistes Molly O’Toole du Los Angeles Times et Emily Green de Vice News ont remporté la toute nouvelle catégorie de Reportage audio, pour sa série « The Out Crowd ». L’investigation, présentée dans le cadre du programme « This American Life », a éclairci l’impact de la politique trumpienne « Remain in Mexico » sur la population latino aux États-Unis. C’est la première fois qu’un tel palmarès est présenté depuis que les organisateurs ont annoncé sa création l’an dernier.

Dans la rubrique de la littérature, l’écrivain Colson Whitehead à obtenu son deuxième prix Pulitzer pour son roman « The Nickel Boys », le deuxième versement d’un récit d’esclavage qu’il a initié avec « Underground Railroad ». En 2017, le romancier avait déjà été honoré pour ce dernier ouvrage, qui a aussi remporté le prix au meilleur livre national. Ainsi, Mr. Whitehead a rejoint ces collègues Booth Tarkington, John Updike et William Faulkner pour devenir le quatrième auteur à recevoir le palmarès plus d’une fois dans sa vie. « The Nickel Boys » a depuis été inclus dans la liste des meilleurs récits de la décennie par le magasin TIME.

Parallèlement, un prix spécial a été accordé à la défunte journaliste Ida B. Wells, pour son « remarquable et courageux reportage sur l’horrible et vicieuse violence contre les Afro-Américains pendant l’ère du lynchage. » Née esclave dans de la deuxième moitié du XIXe siècle dans le Mississippi, Mme. Wells n’a jamais pu recevoir le Pulitzer en vie, alors décerné en exclusivité aux journalistes blancs. Outre son labeur dans les périodiques, Ida B. Wells s’est aussi battue pour le droit au logement de milliers d’afro-américains qui migraient en masse aux principales villes du pays.

Sur ce même sujet, la journaliste du New York Times Nikole Hannah-Jones a remporté le prix du meilleur commentaire pour un essai personnel sur les origines de l’Amérique à travers les yeux des esclaves africains.

Ce fut le troisième et dernier palmarès reçu par les collaborateurs du quotidien newyorkais, qui avaient d’abord été primés pour un reportage d’enquête sur les énormes dettes auxquelles les taxis de la ville étaient sujets face à des irrégularités bureaucratiques et à l’arrivé des VTC dans la région.

Le personnel du journal a aussi été accordé le prix dans la catégorie internationale pour ses investigations sur des opérations clandestines commanditées par l’État russe de Vladimir Poutine. Déployés dans différents pays en Europe de l’est, en Moyen-Orient et en Afrique, les journalistes ont informé sur des campagnes d’assassinats, des pirates informatiques visant à déstabiliser des procès d’élections, et des marchés d’armes ; tous apparemment organisés par le Kremlin. La journaliste franco-malgache Gaëlle Borgia a conformé la branche du Madagascar dans cette équipe.

 

Un palmarès controversé en Inde

D’autre part, le prix à la meilleure photographie d’article de fond, concédé à des journalistes originaires du Cachemire, a provoqué diverses réactions de la presse indienne. Deux des trois reporteurs graphiques d’Associated Press récompensés sont actuellement sujet d’un débat national acharné pour avoir utilisé l’expression « Le Cachemire sous contrôle indien » dans son reportage sur la région.

Quelques jours après la présentation des récompenses, 100 personnalités rédigèrent une lettre au jury du Pulitzer, réclament qu’en « remettant le prix à des photographes comme Dar Yasin et Mukhtar Khan, vous encouragez le journalisme et la photographie de mensonges, de déformation des faits et de séparatisme. » Les rédacteurs ont aussi déclaré qu’une telle médaille signifiait une attaque contre la souveraineté de l’Inde et un manque de respect de la Constitution indienne.

 

Voici la liste complète des vainqueurs et finalistes des Prix Pulitzer 2020 :

 

JOURNALISME

Service public (Public Service)

The Anchorage Daily News, en collaboration avec ProPublica

Finalistes : The New York Times ; The Washington Post

 

Reportage d’actualité (Breaking News Reporting)

Personnel du Courier-Journal, Louisville, Ky.

Finalistes : Personnel du Los Angeles Times ; Personnel du Washington Post

 

Reportage d’enquête (Investigative Reporting)

Brian M. Rosenthal du New York Times

Finalistes : Jay Hancock and Elizabeth Lucas de Kaiser Health News ; Personnel du Wall Street Journal

 

Reportage explicatif (Explanatory Reporting)

Personnel du Washington Post

Finalistes : Rosanna Xia, Swetha Kannan et Terry Castleman du Los Angeles Times ; Personnel du Center for Investigative Reporting

 

Reportage local (Local Reporting)

Personnel du Baltimore Sun

Finalistes : Personnel du Boston Globe ; Peter Smith, Stephanie Strasburg et Shelly Bradbury du Pittsburgh Post-Gazette

 

Reportage national (National Reporting)

Christian Miller, Megan Rose et Robert Faturechi de ProPublica (ex aequo)

Dominic Gates, Steve Miletich, Mike Baker et Lewis Kamb du Seattle Times (ex aequo)

Finalistes : Personnel du Wall Street Journal

 

Reportage international (International Reporting)

Personnel du New York Times

Finalistes : Personnel du New York Times ; Personnel de Reuters

 

Article de fond (Feature Writing)

Ben Taub du New Yorker

Finalistes : Nestor Ramos du Boston Globe ; Ellen Barry du New York Times

 

Commentaire (Commentary)

Nikole Hannah-Jones du New York Times

Finalistes :  Steve Lopez du Los Angeles Times ; Sally Jenkins of The Washington Post

 

Critique (Criticism)

Christopher Knight du Los Angeles Times

Finalistes : Justin Davidson du New York Magazine ; Soraya Nadia McDonald de The Undefeated

 

Rédaction éditoriale (Editorial Writing)

Jeffery Gerritt du Palestine (Tx.) Herald-Press

Finalistes : Melinda Henneberger du Kansas City Star ; Jill Burcum du Star Tribune de Minneapolis

 

Dessin de presse (Editorial Cartooning)

Barry Blitt, collaborateur, The New Yorker

Finalistes : Lalo Alcaraz ; Matt Bors de The Nib ; Kevin Kallaugher

 

Photographie d’actualité (Breaking News Photography)

L’équipe de photographie de Reuters

Finalistes : Dieu Nalio Chery et Rebecca Blackwell d’Associated Press ; Tom Fox du Dallas Morning News

 

Photographie d’article de fond (Feature Photography)

Channi Anand, Mukhtar Khan et Dar Yasin d’Associated Press

Finalistes : Erin Clark du Boston Globe ; Mary F. Calvert

 

Reportage audio (Audio Reporting)

Le personnel de « This American Life » avec Molly O’Toole du Los Angeles Times et Emily Green, rédactrice de Vice News pour « The Out Crowd » (La foule en délire)

Finalistes : Nigel Poor, Earlonne Woods et Rahsaan Thomas ; Andrew Beck Grace, Chip Brantley, Graham Smith, Nicole Beemsterboer et Robert Little de NPR

 

LITTÉRATURE ET THÉÂTRE

Fiction

« The Nickel Boys », de Colson Whitehead (Doubleday)

Finalistes : « The Topeka School », de Ben Lerner ; « The Dutch House », d’Ann Patchett

 

Drame (Drama)

« A Strange Loop », de Michael R. Jackson

Finalistes : « Heroes of the Fourth Turning », de Will Arbery ; “Soft Power,” de David Henry Hwang

 

Histoire (History)

« Sweet Taste of Liberty : A True Story of Slavery and Restitution in America », de W. Caleb McDaniel (Oxford University Press)

Finalistes : « The End of the Myth: From the Frontier to the Border Wall in the Mind of America », de Greg Grandin

 

Biographie (Biography)

« Sontag : Her Life and Work », de Benjamin Moser (Ecco/HarperCollins)

Finalistes : « Parisian Lives : Samuel Beckett, Simone de Beauvoir, and Me », de Deirdre Bair ; « Race for Profit : How Banks and the Real Estate Industry Undermined Black Homeownership » de KeeangaYamahtta Taylor

 

Poésie (Poetry)

« The Tradition », de Jericho Brown (Copper Canyon Press)

Finalistes : « Only as the Day Is Long : New and Selected Poems », de Dorianne Laux ; « Dunce », de Mary Ruefle

 

Essai (General Non-Fiction)

« The Undying : Pain, Vulnerability, Mortality, Medicine, Art, Time, Dreams, Data, Exhaustion, Cancer, and Care » d’Anne Boyer (Farrar, Straus et Giroux) (ex aequo)

« The End of the Myth : From the Frontier to the Border Wall in the Mind of America », de Greg Grandin (Metropolitan Books) (ex aequo)

Finalistes : « Elderhood : Redefining Aging, Transforming Medicine, Reimagining Life » de Louise Aronson ; « Solitary : Unbroken by Four Decades in Solitary Confinement. My Story of Transformation and Hope », d’Albert Woodfox avec Leslie George

 

MUSIQUE

« Central Park Five » d’Anthony Davis, présenté par l’Opéra de Long Beach le 15 juin 2019

Finalistes : « Sky : Concerto for Violin » de Michael Torke ; « and all the days were purple » d’Alex Weiser

 

PRIX SPÉCIAL (SPECIAL CITATION)

Ida B. Wells

 

Source de l’image : theprint.in