Fake news : WT.social combat les fake news

Fake news : Le site WT.social lancé par le fondateur de Wikipédia Jimmy Wales promet d'adresser le problème des fake news.
WT social

Fin 2019, le fondateur de Wikipédia Jimmy Wales annonce le lancement de WT.social, un réseau social dédié au partage d’actualités qui se veut libre de toute publicité et d’algorithmes favorables aux meneurs de meutes. L’ambition est de créer un système de partage et de découverte d’information qui permet, via le filtre des communautés en ligne, de filtrer le vrai du faux dans les actualités qui circulent sur internet. La guerre aux fake news en quelques sortes.

À son lancement, le concept est applaudi. Jimmy Wales, auréolé depuis le succès de Wikipédia, annonce un objectif de 50 millions d’utilisateurs dès les premières années de lancement. Mais alors que WT.social a soufflé sa deuxième bougie il y a quelques mois, quel est le bilan du grand projet de Jimmy Wales ? Est-il parvenu à réaliser un coup double vingt ans après le lancement de Wikipédia ? Rien n’est moins sûr.

Historiquement, « WT » sont les initiales de WikiTribune, un site lancé par Wikipédia en 2017 pour faire la guerre aux fake news. Ce premier concept consistait à allier une équipe de journalistes bénévoles aux équipes d’éditeurs de Wikipédia pour trier l’info vraisemblablement vraie de celle vraisemblablement fausse. Jimmy Wales parle alors de « gardiens de l’information ». La mayonnaise n’ayant pas pris en tant que projet lié à la fondation Wikipédia, WikiTribune a spin off, s’est rebrandé en WT.social et a rebooté son lancement fin 2019.

Cependant, le projet est resté une sorte de flop en soi. Structurellement, le site est construit en sujets dits subwikis, ce qui est exactement la formule de Reddit avec ses subreddits. Le manque d’originalité déçoit. De plus, le site est faiblement référencé dans les moteurs de recherche, ce qui fait que l’internaute a très peu de chances de tomber dessus. C’est bien connu que l’un des facteurs-clé du succès de Wikipédia est son positionnement dominant dans les moteurs de recherche. Sur WT.social, les utilisateurs ne peuvent pas « upvote » ou « downvote » une information, ce qui rend l’interaction avec le site très primaire, et donne l’impression d’un retour quinze ans en arrière quand les premiers réseaux sociaux se lançaient avec un bouquet de fonctionnalités très réduit.

Du coup, avec une communauté réduite, le site ne vibre pas et ne vit pas à la vitesse de l’actualité. Par exemple, la page sur l’Ukraine n’a pas été actualisée depuis un an, si ce n’est un lien « pinned » en haut de page, en allemand. Le concept d’articles « pinned » contredit par ailleurs la promesse de ne pas laisser à certains utilisateurs le privilège de « upvoter » des contenus. La page « Fighting misinformation« , qui est probablement la principale veine du site vu qu’elle rejoint la mission du site, est elle aussi faiblement animée, avec un nouveau post tous les 2-3 jours en moyenne. On y découvre que la qualité des commentaires est faible et le volume de commentaires l’est également. Tous les commentaires sont relativement partisans et sans analyse objective sur le vrai/faux des informations partagées.

Niveau nombre d’utilisateurs (rappelons les 50 millions évoqués par Jimmy Wales lors du lancement de 2019), la page Fighting misinformation compte 475 000 participants, ce qui n’est pas mal, mais considérant le peu d’activité de la page, il y a fort à parier que la quasi-totalité de ces participants sont inactifs. La page sur le covid-19 ne compte que 50 000 participants, et la page « Factchecking project » 45 000. Toutes les pages mentionnées ci-dessus affichent un très faible taux de participation.

En d’autres termes, le projet WT.social est un échec. L’erreur de Jimmy Wales fut probablement de penser qu’il suffit de s’appeler Jimmy Wales pour lancer un projet qui marche, au lieu de proposer une réelle innovation qui permet d’adresser le problème identifié (les fake news). Comme le veut le dicton de la Silicon Valley, « Once you’re lucky, twice you’re good », et il semblerait que Jimmy Wales ait juste eu un coup de chance avec le succès de Wikipédia (ce qui est déjà un très bel accomplissement).